jeudi 31 mai 2012

Claudine et la face cachée de la casserole

**Mon intention n'est pas d'expliquer mon point de vue politique sur la crise. J'ai confiance en votre opinion, chers lecteurs. Mon intention est plutôt de partager les côtés positifs de la situation. Ici je parle des rassemblements de casseroleux.** 

 J'ai 26 ans, j'ai vécue en Abitibi, en Ontario, dans les Laurentides et à Montréal. Jamais dans ma courte vie je n'ai fréquenté, parlé et souris autant à mes voisins que présentement. À l'heure où mon voisinage zombine habituellement devant la télé, depuis maintenant deux semaines, il se réunit et s'amuse au coin de Jarry et St-Denis. Autrefois il y avait les perrons d'églises, aujourd'hui il y a les casseroles.

Certains diront que les participants de ces tintamarres quotidiens sont des "hippies". Veuillez m'excuser, mais avoir une conscience politique n'est pas exactement la définition du mot hippie.


 Dimanche dernier, j'ai cuisiné une triple batch de petits gâteaux au chocolat aux couleurs de la crise. Accompagnée de mes amis et de plateaux de gourmandises, j'ai foncé dans la marche. J'ai vu plus d'étoiles dans les yeux de mes confrères et consoeurs de la rue que dans le ciel d'une nuit d'août. Hier, quand je suis retournée aux casseroles, j'ai vu des jeunes filles distribuer des bouchées sucrées aux passants. Des gestes spontanés de solidarité et d'amour, ça réconcilie avec la vie. Et que dire de la noble mission d'AnarchoPanda !



Il y a eu des centaines de leçons de politique pour les tout-petits. Combien de parents d'enfants en bas âge ont expliqué à leur bambin le pourquoi de la casserole dans la rue ? Les mini-carrés rouges ont été sensibilisés au contexte social et politique bien plus tôt que la plupart des québécois. Ils ont vu des vieux, des jeunes, plusieurs ethnies, des riches et des pauvres être solidaires. C'est-y pas un beau message pour la jeunesse ça ?!



On entend beaucoup parler du possible "manque de touristes" à Montréal pour la saison estivale. On s'inquiète pour l'économie. Il y a des centaines, voire des milliers de montréalais qui déambulent dans la ville soir après soir. Des centaines, des milliers de montréalais qui empruntent des nouveaux chemins. Beaucoup découvrent des commerces, des bars et des restaurants qu'ils n'auraient pas découverts autrement. D'autres s'arrêtent pour boire un verre ou manger. À long terme, il s'agit d'un bel investissement pour l'économie des quartiers.


Et puis, les tintamarres ça tisse des liens. Depuis le début de la casserolution, j'ai tapé plus d'une fois avec des amis, des voisins que je n'ai jamais l'occasion de voir. J'ai parlé avec des inconnus brillants. Les casseroles ça favorise aussi le partage intellectuel.




Je sais. D'une façon ou d'une autre, la crise finira par se régler. Sauf que depuis deux semaines je vois les visages qui m'entourent. Je prends conscience des humains -les vrais humains, pas les zombies dans le métro- de mon quartier. Résultat ? Le jour où les casseroles seront terminées, j'aurai envie d'investir mon temps dans la communauté. Parce que désormais, je vois le visage de ceux qui peuvent en profiter. Je vois la force de la collectivité. Si c'est du bruit que ça prend pour réveiller les consciences -ma conscience- et si c'est ça qu'on considère être "hippie", ben ok. J'embarque !

Gestes d'amour et de solidarité spontanés, partage intellectuel, leçons de politique, éveil des consciences sociales, regard sur la force de la collectivité, découvertes de quartier, liens et échanges... Faut être de mauvaise foi pour regarder le pétillant cortège passer sans vouloir s'y joindre ou même avoir envie de sourire.

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